TRAM, donner une seconde vie aux déchets
Et si nous réduisions la quantité de consommables utilisée au CHU ? C’est tout l’enjeu du projet TRAM, porté par trois professionnels de la pharmacie du CHU de Nîmes : Virginie André, préparatrice en pharmacie hospitalière, le Dr Clément Carbasse et le Dr Ninon Rouvière, tous deux pharmaciens.
Leur idée : agir simultanément sur deux sources de déchets, en donnant une seconde vie à un matériau aujourd’hui jeté au bloc opératoire et en réduisant l’utilisation de papier kraft pour le transport des médicaments.
Deux déchets, une même démarche
Au bloc opératoire, les ancillaires - ces ensembles d’instruments utilisés lors des interventions chirurgicales - sont conditionnés dans un matériau en polypropylène avant leur passage en autoclave. Une fois arrivés au bloc et ouverts, ces emballages sont directement jetés.
Un déchet conséquent, et actuellement difficile à valoriser dans les filières de tri existantes.
Mais ce n’est que la première partie du problème identifié par l’équipe.
À la pharmacie, le transport des médicaments vers les unités de soins repose notamment sur des feuilles de papier kraft à usage unique. Chaque année, environ 170 000 feuilles sont utilisées, pour un coût estimé à 7 000 euros. Et une fois arrivées dans les services, ces feuilles ne sont pas toujours valorisées dans une filière de tri adaptée.
TRAM s’attaque donc à ces deux problématiques en parallèle : limiter les déchets générés au bloc opératoire et limiter les consommables utilisés pour le transport des médicaments.
Donner une seconde vie au matériau du bloc
L’idée est aussi simple qu’ingénieuse : récupérer le polypropylène propre provenant du bloc opératoire pour en faire des enveloppes réutilisables destinées au transport des médicaments.
Le matériau qui était jusqu’ici considéré comme un déchet devient ainsi une matière première.
« On va les réutiliser, on leur donne une deuxième vie au lieu de les détruire. »
Ces enveloppes ont vocation à effectuer plusieurs « navettes » entre la pharmacie et les services, sur le principe du courrier interne réutilisable. Leur durée de vie reste toutefois à déterminer : le polypropylène peut finir par s’user, se trouer ou perdre sa résistance. Une phase de test permettra donc d’évaluer leur durée d’utilisation, leurs besoins éventuels de lavage et le nombre de rotations qu’elles peuvent supporter.
L’objectif est clair : remplacer progressivement le papier kraft à usage unique par une solution réutilisable, tout en valorisant un matériau qui était jusqu’alors jeté.
Quand le réemploi devient aussi un projet humain
Pour fabriquer ces nouvelles enveloppes, l’équipe s’est rapprochée du Centre de Gérontologie de Serre Cavalier, et plus particulièrement de l’unité de gériatrie long séjour.
Le projet prévoit la mise en place d’un atelier couture avec la participation des patients, accompagnés par un professionnel. Une dimension humaine qui tient particulièrement à cœur aux porteurs du projet.
« Ça donne de la valeur aux patients et ils se sentent acteurs. »
TRAM ne se limite donc pas à une réflexion sur les déchets : le projet cherche aussi à créer une dynamique collective et à associer différents professionnels et patients à sa mise en œuvre.
Faire beaucoup avec peu
Le Trophée Innov’Action doit permettre de franchir une nouvelle étape : financer les machines à coudre et les consommables nécessaires, accompagner la formation des patients de Serre Cavalier et surtout tester, ajuster et mesurer la viabilité du dispositif à plus grande échelle.
Car pour l’équipe, la démarche repose sur une conviction simple : les petits gestes prennent une autre dimension lorsqu’ils sont reproduits par des milliers de professionnels.
« Si on ne fait que regarder et qu’on ne fait rien, c'est inutile. À notre petite échelle, on arrive à faire un peu d’économie, d’écologie. »
Et c’est peut-être là toute la philosophie de TRAM : réduire les déchets du bloc, réduire les consommables liés au transport des médicaments, réaliser des économies et donner une seconde vie à ce qui était destiné à être jeté.
Une première expérimentation grandeur nature
Quatre machines à coudre ont été commandées auprès d’un fournisseur nîmois et plus de 300 feuilles de polypropylène ont déjà été récupérées.
L’équipe prévoit de fabriquer dans un premier temps environ 120 à 130 enveloppes, destinées à équiper deux unités pilotes. L’expérimentation permettra d’observer leur résistance, leur facilité d’utilisation et leur durée de vie pour adapter le dispositif aux réalités de chaque service.
À termes, le dispositif pourrait être déployé dans l’ensemble du CHU avec la possibilité d’envisager cette démarche dans les autres établissements du GHT.
Une idée née autour d’une table
Comme souvent, TRAM n’est pas né d’un long plan théorique. L’idée a émergé au fil d’une discussion, presque comme une boutade, au sein de l’équipe.
« C’est parti d’un truc à table et on récolte quand même le Trophée Innov'Action. »
Derrière TRAM, il y a aussi une réflexion plus globale menée depuis plusieurs années par la cellule d’écologie et d’innovation de la pharmacie ECO-PUI. Tri, consommation d’énergie, gestion des mails, extinction des lumières ou des ordinateurs… L’équipe cherche à identifier des actions simples, applicables au quotidien.