SIMURG, pour une simulation médicale plus accessible
Et si se former aux situations d’urgence pouvait être plus simple, plus accessible et beaucoup moins coûteux ? C’est l’ambition de SIMURG, un projet porté par le Dr Edwin Thibon, médecin urgentiste au CHU de Nîmes et lauréat du Trophée Innov’Action 2026.
Derrière SIMURG, une idée simple : permettre aux professionnels et futurs professionnels de santé de s’entraîner en simulation avec des outils numériques accessibles, sans avoir besoin de disposer d’un matériel de simulation particulièrement coûteux ou difficile à déplacer.
Une innovation née d’un besoin très concret au sein du Centre d’Enseignement des Soins d’Urgence (CESU), mais qui pourrait rapidement dépasser les frontières du CHU de Nîmes.
Le Dr Edwin Thibon, urgentiste et formateur
Médecin urgentiste, le Dr Edwin Thibon travaille au CHU de Nîmes depuis 2018, en dehors de ses années d’externat et d’internat.
Il exerce aux urgences, notamment en régulation et au déchocage, ainsi qu’au sein du Service Mobile d’Urgence et de Réanimation (SMUR). Il consacre également une partie de son activité au Centre d’Enseignement des Soins d’Urgence (CESU), où il participe à la formation par simulation.
C’est justement dans ce cadre qu’est née l’idée de SIMURG.
Quand la simulation se heurte aux limites du matériel
En médecine d’urgence et, plus largement, dans les soins critiques, la formation ne s’arrête jamais. Les connaissances évoluent et les professionnels doivent régulièrement s’entraîner pour maintenir et développer leurs compétences.
La simulation est aujourd’hui l’un des meilleurs moyens de se former à des situations complexes sans avoir à les expérimenter pour la première fois sur un véritable patient. Mais pour reproduire une situation d’urgence de manière réaliste, il faut pouvoir disposer des bons outils : moniteur, défibrillateur, échographie, résultats d’examens complémentaires…
Or, ces équipements sont souvent coûteux, physiques et difficiles à déplacer.
Au sein du CESU, le Dr Edwin Thibon s’est ainsi retrouvé confronté à une difficulté très concrète : permettre aux apprenants de manipuler ces différents outils au cours des séances de simulation, tout en facilitant le travail des formateurs. Après plusieurs tentatives qui n’ont pas donné entière satisfaction, une première solution est développée pour l’échographie, à l’hiver dernier.
Et rapidement, l’équipe comprend qu’il y a peut-être beaucoup plus à faire.
De l’échographie à un véritable environnement de simulation
SIMURG prend la forme d’une application web permettant de reproduire différents outils utilisés lors des séances de simulation.
Le principe est simple : le formateur peut piloter à distance un moniteur ou un défibrillateur simulé et faire évoluer la situation en fonction des actions et des réponses des apprenants.
De son côté, l’apprenant utilise notamment son téléphone pour accéder aux différents examens complémentaires.
Pour l’échographie, par exemple, il peut utiliser une sonde reliée à son téléphone et scanner une étiquette correspondant à la zone qu’il souhaite examiner. Les images correspondant à cette zone apparaissent alors sur son écran.
Le même principe peut être utilisé pour accéder à des résultats d’examens complémentaires grâce à des QR codes.
En parallèle, le projet prévoit également le développement de petits capteurs permettant notamment d’obtenir un retour sur la qualité d’un massage cardiaque.
Un outil qui facilite aussi le travail des formateurs
Aujourd’hui, une simulation nécessite parfois plusieurs équipements et la présence de formateurs pour gérer les différents paramètres de la situation. Avec SIMURG, une partie de ces éléments peut être pilotée à distance depuis une plateforme web. Le formateur peut ainsi faire évoluer la situation en fonction des actions de l’apprenant.
Pour ce dernier, l'intérêt est également pédagogique : moins il doit réfléchir au caractère artificiel de la situation, plus il peut s’immerger dans l’exercice et se concentrer sur la prise en charge.
L’objectif est donc double : faciliter le travail des formateurs et favoriser l’immersion des apprenants.
Une alternative aux équipements hors de prix
Les équipements de simulation actuellement disponibles peuvent représenter des investissements considérables. Un mannequin haute fidélité équipé d’un moniteur peut atteindre environ 180 000 euros, tandis qu’un moniteur simulé seul peut coûter autour de 20 000 euros.
À l’inverse, SIMURG repose sur une application web : un écran et le téléphone de l’apprenant peuvent suffire pour accéder aux différents outils simulés. Cette différence change également complètement la logistique. Plus besoin de déplacer un équipement physique d’un centre à un autre : la plateforme est accessible depuis un appareil connecté à Internet.
« L’idée, c’est d’être pragmatique. »
Cette approche pourrait notamment permettre aux petits centres hospitaliers ou aux équipes disposant de moyens plus limités d’accéder à la simulation sans devoir investir dans du matériel particulièrement onéreux.
Une innovation née… en famille
SIMURG est également une histoire de débrouillardise. Au départ, le Dr Edwin Thibon développe lui-même la première version de la solution d’échographie. Confronté à certaines difficultés techniques, il fait appel à son frère, ingénieur, qui programme également sur son temps libre.
Ensemble, ils développent la solution. La technologie repose sur différents langages de programmation et sur un serveur web, permettant à la plateforme d’être accessible directement en ligne.
Le projet est aujourd’hui toujours développé sur leur temps personnel.
Le déclic : « Quand est-ce qu’on l’a ? »
Comme souvent dans les projets d’innovation, le véritable déclic ne vient pas forcément d’une grande démonstration scientifique. Pour SIMURG, il survient lors de la présentation du tout premier prototype d’échographie aux collègues d’Edwin.
À ce moment-là, le dispositif est encore très rudimentaire : une sonde placée sur une étiquette et une image d’échographie qui apparaît. Pas d’interface sophistiquée, pas de produit fini. Simplement un prototype permettant de répondre à une question : est-ce que cette idée est vraiment utile ?
La réaction de ses collègues est immédiate : « Quand est-ce qu’on l’a ? »
Cette simple question va convaincre Edwin qu’il tient peut-être quelque chose. Le prototype répondait à un besoin réel. Il ne restait plus qu’à aller plus loin.
Continuez à simuler, parce que c’est comme ça qu’on progresse, c’est comme ça qu’on augmente la qualité de soins de nos patients.
Une phrase qui résume parfaitement l’esprit de SIMURG : mettre la technologie au service de la formation, pour que la simulation soit plus simple, plus accessible et, demain, disponible au plus grand nombre.
Un prototype déjà très avancé
Depuis environ six mois, SIMURG est testé dans le cadre de séances de simulation. Le prototype est aujourd’hui considéré comme très avancé, même si son développement se poursuit encore en fonction des retours des utilisateurs.
L’objectif est d’ailleurs d’élargir progressivement ce cercle de testeurs, notamment à d’autres centres, afin de confronter l’outil à des pratiques et des besoins différents.
Car l’ambition du projet est loin de se limiter aux urgences du CHU de Nîmes. SIMURG pourrait intéresser les facultés de médecine, les centres d’enseignement des soins d’urgence, les services d’urgence, de réanimation ou de soins continus, mais également les sapeurs-pompiers et, plus largement, les structures de formation aux soins critiques.
Et puisque les problématiques rencontrées sont similaires dans de nombreux pays, le projet est pensé dès le départ pour être facilement diffusé au-delà du territoire français : faire de SIMURG un outil utilisé dans les centres de simulation du monde entier.
Une ouverture à la commercialisation est envisagée dès l’année prochaine. Le modèle économique n’est pas encore définitivement arrêté, mais l’ambition est de proposer une solution très accessible, avec notamment l’hypothèse d’un abonnement individuel de l’ordre de quelques dizaines d’euros par mois.
Le Trophée Innov’Action, un coup d’accélérateur
La dotation permettra notamment de poursuivre certains développements, comme les capteurs destinés au massage cardiaque, mais aussi de professionnaliser la communication autour du projet.
Présenter SIMURG lors de congrès, développer sa visibilité et aller chercher les bons interlocuteurs nécessitent également des moyens.
Parce que mieux former, c’est mieux soigner
Le projet poursuit finalement un objectif concret : améliorer la formation des professionnels qui prennent en charge les patients en situation critique.
En permettant de multiplier les séances de simulation, de faciliter leur organisation et de les rendre accessibles à davantage d’équipes, SIMURG pourrait contribuer à renforcer les compétences des professionnels de santé.