Recherche & Innovation

PIGSAO, au plus près de l'infection

Mis à jour le 17.09.2026 - Publié le

Et si, plutôt que de traiter l’ensemble de l’organisme, on pouvait agir directement au cœur de l’infection ? C’est le pari de PIGSAO, un projet porté par le Dr Gary Doppelt et le Dr Noelia Sanchez Ballester, lauréats du Trophée Innov’Action 2026 du CHU de Nîmes.

À la croisée de la radiologie interventionnelle, de la formulation pharmaceutique et de la recherche sur les infections, PIGSAO propose une nouvelle approche : amener un anti-infectieux innovant directement au plus près du foyer infectieux, grâce à une technique mini-invasive.

Une approche pionnière, pensée pour être ultra-personnalisée, mais qui pourrait demain être déployée à grande échelle.

Trois expertises, une même ambition

Le Pr Julien Frandon, Chef de service adjoint du Service de Radiologie et Imagerie Médicale, Responsable du Centre Ambulatoire de Radiologie Interventionnelle et Chef de pôle adjoint AMIE au CHU de Nîmes, radiologue interventionnel, est à l’origine du concept scientifique ayant conduit à ce projet. À partir de ses travaux précliniques sur des modèles animaux en radiologie interventionnelle, notamment autour de la vascularisation ciblée et des techniques mini-invasives, il a imaginé cette stratégie thérapeutique par voie intra-artérielle sélective directement au niveau du foyer infectieux. Et c’est sa collaboration avec le Pr Ian Soulairol, chef du Pole Pharmacie-Santé publique et chercheur à l’Institut Charles Gerhardt de Montpellier, spécialisé dans la conception de matériaux pharmaceutiques pour la santé qui a permis de constituer le socle scientifique et technique du projet. 

Ils ont ensuite réuni et fédéré autour de cette idée les expertises nécessaires à son développement : 

  • Le Dr Noelia Sanchez Ballester est chimiste. Elle mène ses activités de recherche au sein de l’Institut Charles Gerhardt de Montpellier (ICGM), unité mixte de recherche associant notamment le CNRS et l’Université de Montpellier. Elle intervient également comme ingénieure de recherche hospitalière au CHU de Nîmes. À l’interface entre l’université, l’hôpital et la recherche, elle travaille notamment sur la médecine personnalisée et la formulation de nouveaux produits pharmaceutiques. Elle collabore avec le CHU de Nîmes depuis près de cinq ans.

  • Le Dr Gary Doppelt a intégré le projet dans le cadre de sa thèse de science. Il est radiologue interventionnel au CHU de Nîmes, où il exerce depuis deux ans. Sa spécialité consiste à intervenir sur les patients de manière mini-invasive, en utilisant l’imagerie pour guider ses gestes. Une expertise qui permet notamment de traiter des tumeurs, d’intervenir sur les vaisseaux ou encore de réaliser différentes procédures ciblées. 

Le Pr Julien Frandon a permis de transformer une idée issue de l’expérimentation animale en un projet de recherche translationnelle structuré et multidisciplinaire.

Traiter l’infection là où elle se trouve

Pour comprendre PIGSAO, il faut d’abord revenir à la manière dont les infections sont aujourd’hui généralement traitées.

Lorsqu’un patient reçoit un traitement anti-infectieux, celui-ci circule dans l’ensemble de l’organisme avant d’atteindre le site à traiter. L’objectif est donc de traiter une zone infectée en exposant parallèlement une grande partie du corps au médicament.

Cette approche peut notamment entraîner une exposition d’autres organes au traitement et exercer une pression de sélection sur les bactéries présentes dans l’organisme, contribuant au phénomène d’antibiorésistance.

Face à cet enjeu majeur de santé publique, l’équipe de PIGSAO imagine une autre voie.

« On utilise un processus pathologique au bénéfice du patient. »

En radiologie interventionnelle, il est aujourd’hui possible de naviguer à l’intérieur des vaisseaux sanguins afin d’atteindre très précisément une zone donnée. Or, lorsqu’un tissu est inflammatoire ou infecté, l’organisme développe de nouveaux vaisseaux sanguins pour permettre l’afflux de cellules et de ressources nécessaires à sa réponse.

Ces néo-vaisseaux peuvent être visualisés par les équipes de radiologie interventionnelle.

PIGSAO propose de tirer parti de ce phénomène. L’objectif est de suivre ces vaisseaux jusqu’au site infectieux, puis d’y délivrer localement l’anti-infectieux innovant, afin de maximiser son action au plus près de la source de l’infection.

Une approche en trois dimensions

L’originalité de PIGSAO repose sur la combinaison de plusieurs expertises.

  1. La première est celle de la radiologie interventionnelle, qui permet d’atteindre de manière mini-invasive et très ciblée les territoires concernés.

  2. La deuxième concerne la formulation de l’anti-infectieux. Le travail mené par les équipes vise à développer une formulation pharmaceutique innovante.

  3. Enfin, le projet répond à un enjeu majeur : réduire l’exposition systémique aux traitements anti-infectieux et, par conséquent, limiter la pression de sélection exercée sur les bactéries de l’organisme.

Cette combinaison permet d’imaginer une prise en charge radicalement différente : plus ciblée, plus courte et adaptée au patient.

Une médecine ultra-personnalisée… à grande échelle

Dans un premier temps, le projet pourrait constituer une alternative pour des patients en impasse thérapeutique, en complément des traitements existants.

À plus long terme, si son efficacité est démontrée, cette approche pourrait ouvrir la voie à une nouvelle manière de traiter les infections localisées : aller directement au plus près de la source plutôt que d’exposer l’ensemble de l’organisme.

Le potentiel est considérable : des centaines de milliers, voire des millions de patients pourraient à terme être concernés chaque année dans le monde.

Une technologie déjà maîtrisée, un traitement encore à inventer

La radiologie interventionnelle sait déjà accéder, par voie endovasculaire, au plus près d’un site inflammatoire ou infectieux. Le véritable défi réside désormais dans le développement de l’agent innovant qui pourra y être délivré.

C’est précisément là que les compétences complémentaires des différents acteurs du projet prennent tout leur sens.

Le projet réunit des technologies maitrisées issues du CHU de Nîmes et de plusieurs équipes partenaires, notamment MIG Nimes, MicroMbio, l’ICGM de Montpellier, la pharmacologie de Montpellier et les Hospices Civils de Lyon. Cette convergence entre radiologie interventionnelle, infectiologie, microbiologie et génie pharmaceutique constitue l’une des forces majeures de PIGSAO.

Pour le Dr Noelia Sanchez Ballester, cette collaboration est aussi une aventure humaine : travailler avec des équipes qui parlent des « langages » scientifiques différents, mais qui poursuivent un même objectif.

La preuve du concept est déjà là

Les premières étapes expérimentales ont déjà permis d’obtenir des résultats préliminaires très encourageants. Des travaux in vitro ont apporté des éléments solides en faveur du concept, tandis que des expérimentations in vivo ont déjà été menées.

L’un des moments forts du projet a notamment été la mise en évidence, dans un modèle animal d’infection osseuse, de néo-vaisseaux au niveau du site infectieux.

Le résultat a constitué un véritable déclic.

On s’est dit : ça va marcher, c’est dingue !

Gary & Noelia.
Lauréats du Trophée Innov'Action 2026

Une aventure collective

Cette dynamique s’appuie notamment sur les collaborations établies avec MIG Nîmes, MicroMbio, l’ ICGM de Montpellier, les équipes de pharmacologie de Montpellier et les Hospices Civils de Lyon.

Le projet bénéficie en continu de l’expertise scientifique du Professeur Julien Frandon. Son implication contribue à définir les orientations scientifiques et à structurer, consolider et contribuer au développement et à la pérennisation de cette collaboration.

Le Trophée Innov’Action, un accélérateur

Le financement doit permettre de poursuivre les expérimentations et de consolider les données nécessaires à la suite du développement.

Pour l’équipe, cette reconnaissance représente également le soutien d’une communauté scientifique, médicale, administrative et de recherche qui accompagne le projet. Le CHU de Nîmes affirme ainsi son positionnement pionnier dans un projet à fort potentiel scientifique, au croisement de plusieurs disciplines et avec une ambition qui dépasse largement le territoire.

Un projet qui pourrait changer la prise en charge des infections

Pour les professionnels, la radiologie interventionnelle deviendrait alors un véritable moyen thérapeutique supplémentaire : un geste mini-invasif permettant d’amener directement le traitement sur le site infectieux.

Pour les patients, les bénéfices espérés sont multiples : réduire l’exposition systémique aux médicaments, limiter la pression de sélection, raccourcir les traitements et améliorer la prise en charge des infections localisées.

Et si les prochaines étapes sont franchies avec succès, les premières applications chez l’être humain pourraient être envisagées à l’horizon 2027.

On est extrêmement fiers d’avoir le Trophée Innov’Action. C’est un travail de longue haleine et qui continue.

Gary & Noelia.
Lauréats du Trophée Innov'Action 2026